mercredi 28 juin 2017

Qu’avons-nous à leur offrir ?


 Les non diaporés et le complexe de l’extrême.

J’ignore si les habitudes ou fonctionnements sont identiques ou différents ailleurs. Mais nous Africains avons un peu cette fâcheuse tendance du « complexe de l’extrême » par rapport à nos diasporas. C'est-à-dire que l’on veut et on aime bien détester ces personnes qui quelque part, se sont débrouillées (mieux que nous) pour échapper à une réalité parfois un peu lourde, et ce même si leur réalité une fois là-bas est aussi pesante mais d’une autre manière, mais on aime bien les « aimer » aussi, voire les aduler ou les mettre sur un piédestal. Complexe à deux phases extrêmes donc, d’où son nom de complexe de l’extrême (ok, j’ai inventé ce terme qui n’existe dans aucun dictionnaire, mais cela devrait, en tous cas pour certains cas spécifiques). 

En période de crise (socio-économico-politique) surtout, il est facile, presque exutoire, de déverser sur ces « nôtres » partis, un trop plein de frustration, en leur reprochant de n’être restés faire face avec bravoure à la tempête, d’avoir fui leurs responsabilités de citoyens bâtisseurs d’une économie et d’une société locale, en les condamnant très souvent pour leur propos « trop éloignés de la réalité », en leur reprochant surtout de « voir » et de « vouloir se comporter comme les occidentaux ». Des mots lancés trop gratuitement, qui atteignent souvent des cibles démotivées de poursuivre tout discours censé avec ceux-là, restés au pays. Car s’il est vrai que parfois cette diaspora regarde désormais le pays d’un œil binational, ce qui peut prêter à leurs propos des airs de condescendance ou totalement déphasés, la distance les pousse souvent à deux fois plus d’intérêt et de passion pour le sujet local. Désir de mieux certes, mais désintérêt de la vie de leur pays, non. 

L’autre facette de ce complexe de l’extrême est cette admiration un peu démesurée portée à ces personnes déménagées (immigrées) devenues subitement des « non-locaux »… donc des presque-étrangers. Le seul fait que l’un ou l’autre soit désormais sur un autre continent, en fait soudainement un être à part. Moi pas compris…

Start-ups à développer, projets à faire exister, associations en devenir, causes multidimensionnelosectoriellesocioéconomicopolitiques… tout est bon pour demander l’appui de ces personnes si critiquées et parallèlement (bizarrement) si chéries. Coups de pouce, participations, avis, contributions, etc. Les sujets de demande d’appui sont légions autant que les qualifications de l’appui demandé.

En gros le scénario pourrait être : « Tu pars donc je te critique, mais tu es parti donc tu es important ». Complexe ? Non. Malsain.


La diapora et leur indépendance territoriale.

Dans l’histoire d’un couple comme dans l’histoire d’un pays, il y a toujours deux côtés responsables. L’un et l’autre. Dans une relation « solide », en dehors de l’amour ou de l’affection, il y a 1- la confiance, 2- le partage, 3- les encouragements et tirages vers le haut et 4- une certaine stabilité rassurante.

Quand l’un de ces quatre principaux fait défaut, il y a défaillance de la relation, il y a des envies d’ailleurs. Certes personne n’est parfait, et aucun pays ou système ne l’est. L’herbe n’est certainement pas plus verte en Nouvelle Papouasie qu’en Guinée Bissau. Mais il y a bien eu «défaillance » du pays d’origine ou plutôt de son système local pour pousser ainsi ces citoyens à se construire une nouvelle vie et bâtir de nouveaux projets auprès d’un autre système.

Car quel que soit leur attachement à leur pays, à leurs familles, à leurs racines, quelle qu’ait été la raison de leur départ (études prolongées en vie professionnelle, recherches d’opportunités économiques, meilleures conditions et meilleure qualité de vie, soins, etc.), c’est là-bas et non ici qu’ils ont trouvé une réponse à leur(s) besoin(s). C’est encore là-bas et non ici qu’ils ont souhaité s’établir APRES avoir eu la réponse à leurs besoins. C’est donc que c’est là-bas et non ici qu’ils ont choisi de construire et de participer et de se réaliser en tant que « citoyen ».

Et tant pis pour ceux que cela dérange, mais à moins d’avoir quelque chose à leur proposer pour répondre à ces attentes, je ne vois personne autorisé à les critiquer pour leur choix de vie.


Qu’avons-nous à leur offrir ?

Contrairement à Israël qui déploie depuis des années des stratégies de réinsertion pour ses diaspora disséminées de par le monde, et qui par des moyens vertueux et moins vertueux s'évertue à les faire rentrer au pays (certes la finalité culturelle et religieuse est différente), que proposent nos pays pour faire revenir les nôtres ?

Que leur proposons-nous concrètement pour empêcher les « fuites de cerveaux », pour revendiquer la gloire de ces copyrights, victoires sportives ou success stories? Ou étaient les critiqueurs et qu’a proposé le système lorsque ces jeunes en besoin profond de soutien, de conseils, d’orientation ont fini par s’adresser à d’autres pays pour pouvoir assouvir leur passion intellectuelle, littéraire, artistique sportive, etc. ?

Rien. Rien. Rien. Et Rien !

Et si demain ils décidaient de revenir contribuer directement au développement du pays, qu’aurions-nous à leur offrir de mieux qu’alors ? Les mêmes politiciens qui depuis tant ont causé la chute de ces pays d’Afrique et poussé des millions de compatriotes à une autre qualité de vie ailleurs ? Ces mentalités au rabais toujours à quémander, critiquer, envier, jalouser et tirer vers le bas de toutes les manières possibles? Ou un système auquel de toutes façons ils ne s’identifieraient plus ? 

Lequel de nous serait en droit de les critiquer, et à quel titre ? 

Ils sont partis, foutons-leur la paix !

A ceux qui restent par choix ou par défaut, de faire avec et de rendre ce choix le plus fructueux et agréable possible. 


A vous diaporés !

Que vos choix de départ vous aient mené sous la neige ou dans le désert, et quels que soient vos revenus ou le goût de votre deuxième vie, souvenez-vous en dépit de tout, que vous êtes tenus à une redevance nationale, comme est redevable tout enfant à sa mère nourricière.

Et qui sait ? Peut-être un jour, lassés du surplace ambiant, irons-nous vous rejoindre dans ces horizons plus grands mais où le cœur bat au rythme du « progrès » ?  dans ces « not really home », certainement plus beaux mais moins authentiques, et où la vie est peut-être plus frénétique mais moins agréable… mais si là-bas le résultat se mesure effectivement à la hauteur des vrais efforts et non en fonction des relations, des copinages et des fils et filles de... alors cela peut-être vaudra-t-il la peine  quelque part d'essayer ? ©

 C.A.R.

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