Les non diaporés et le complexe de l’extrême.
J’ignore
si les habitudes ou fonctionnements sont identiques ou différents ailleurs.
Mais nous Africains avons un peu cette fâcheuse tendance du « complexe
de l’extrême » par rapport à nos diasporas. C'est-à-dire que l’on
veut et on aime bien détester ces personnes qui quelque part, se sont débrouillées
(mieux que nous) pour échapper à une réalité parfois un peu lourde, et ce même
si leur réalité une fois là-bas est aussi pesante mais d’une autre manière,
mais on aime bien les « aimer » aussi, voire les aduler ou les mettre
sur un piédestal. Complexe à deux phases extrêmes donc, d’où son nom de
complexe de l’extrême (ok, j’ai inventé ce terme qui n’existe dans aucun
dictionnaire, mais cela devrait, en tous cas pour certains cas spécifiques).
En
période de crise (socio-économico-politique) surtout, il est facile, presque
exutoire, de déverser sur ces « nôtres » partis, un trop plein de
frustration, en leur reprochant de n’être restés faire face avec bravoure à la
tempête, d’avoir fui leurs responsabilités de citoyens bâtisseurs d’une
économie et d’une société locale, en les condamnant très souvent pour leur
propos « trop éloignés de la réalité », en leur reprochant surtout de
« voir » et de « vouloir se comporter comme les
occidentaux ». Des mots lancés trop gratuitement, qui atteignent souvent
des cibles démotivées de poursuivre tout discours censé avec ceux-là, restés au
pays. Car s’il est vrai que parfois cette diaspora regarde désormais le pays
d’un œil binational, ce qui peut prêter à leurs propos des airs de
condescendance ou totalement déphasés, la distance les pousse souvent à deux
fois plus d’intérêt et de passion pour le sujet local. Désir de mieux certes,
mais désintérêt de la vie de leur pays, non.
L’autre
facette de ce complexe de l’extrême est cette admiration un peu démesurée portée à
ces personnes déménagées (immigrées) devenues subitement des
« non-locaux »… donc des presque-étrangers. Le seul fait que l’un ou
l’autre soit désormais sur un autre continent, en fait soudainement un être à
part. Moi pas compris…
Start-ups
à développer, projets à faire exister, associations en devenir, causes
multidimensionnelosectoriellesocioéconomicopolitiques… tout est bon pour demander
l’appui de ces personnes si critiquées et parallèlement (bizarrement) si
chéries. Coups de pouce, participations, avis, contributions, etc. Les sujets
de demande d’appui sont légions autant que les qualifications de l’appui
demandé.
En
gros le scénario pourrait être : « Tu pars donc je te critique,
mais tu es parti donc tu es important ». Complexe ? Non.
Malsain.
La
diapora et leur indépendance territoriale.
Dans
l’histoire d’un couple comme dans l’histoire d’un pays, il y a toujours deux
côtés responsables. L’un et l’autre. Dans une relation « solide », en
dehors de l’amour ou de l’affection, il y a 1- la confiance, 2- le partage, 3-
les encouragements et tirages vers le haut et 4- une certaine stabilité
rassurante.
Quand
l’un de ces quatre principaux fait défaut, il y a défaillance de la relation,
il y a des envies d’ailleurs. Certes personne n’est parfait, et aucun pays ou
système ne l’est. L’herbe n’est certainement pas plus verte en Nouvelle
Papouasie qu’en Guinée Bissau. Mais il y a bien eu «défaillance » du pays
d’origine ou plutôt de son système local pour pousser ainsi ces citoyens à se
construire une nouvelle vie et bâtir de nouveaux projets auprès d’un autre
système.
Car
quel que soit leur attachement à leur pays, à leurs familles, à leurs racines,
quelle qu’ait été la raison de leur départ (études prolongées en vie
professionnelle, recherches d’opportunités économiques, meilleures conditions
et meilleure qualité de vie, soins, etc.), c’est là-bas et non ici qu’ils ont
trouvé une réponse à leur(s) besoin(s). C’est encore là-bas et non ici qu’ils
ont souhaité s’établir APRES avoir eu la réponse à leurs besoins. C’est donc
que c’est là-bas et non ici qu’ils ont choisi de construire et de participer et
de se réaliser en tant que « citoyen ».
Et
tant pis pour ceux que cela dérange, mais à moins d’avoir quelque chose à leur
proposer pour répondre à ces attentes, je ne vois personne autorisé à les
critiquer pour leur choix de vie.
Qu’avons-nous
à leur offrir ?
Contrairement
à Israël qui déploie depuis des années des stratégies de réinsertion pour ses
diaspora disséminées de par le monde, et qui par des moyens vertueux et moins vertueux s'évertue à les faire rentrer au pays (certes la finalité culturelle et religieuse est différente), que proposent nos pays pour faire revenir
les nôtres ?
Que
leur proposons-nous concrètement pour empêcher les « fuites de
cerveaux », pour revendiquer la gloire de ces copyrights, victoires
sportives ou success stories? Ou étaient les critiqueurs et qu’a proposé le
système lorsque ces jeunes en besoin profond de soutien, de conseils,
d’orientation ont fini par s’adresser à d’autres pays pour pouvoir assouvir leur
passion intellectuelle, littéraire, artistique sportive, etc. ?
Rien.
Rien. Rien. Et Rien !
Et
si demain ils décidaient de revenir contribuer directement au développement du
pays, qu’aurions-nous à leur offrir de mieux qu’alors ? Les mêmes
politiciens qui depuis tant ont causé la chute de ces pays d’Afrique et poussé
des millions de compatriotes à une autre qualité de vie ailleurs ? Ces
mentalités au rabais toujours à quémander, critiquer, envier, jalouser et tirer
vers le bas de toutes les manières possibles? Ou un système auquel de
toutes façons ils ne s’identifieraient plus ?
Lequel
de nous serait en droit de les critiquer, et à quel titre ?
Ils
sont partis, foutons-leur la paix !
A
ceux qui restent par choix ou par défaut, de faire avec et de rendre ce choix
le plus fructueux et agréable possible.
A
vous diaporés !
Que
vos choix de départ vous aient mené sous la neige ou dans le désert, et quels
que soient vos revenus ou le goût de votre deuxième vie, souvenez-vous en dépit
de tout, que vous êtes tenus à une redevance nationale, comme est redevable tout
enfant à sa mère nourricière.
Et
qui sait ? Peut-être un jour, lassés du surplace ambiant, irons-nous vous
rejoindre dans ces horizons plus grands mais où le cœur bat au rythme du
« progrès » ? dans ces « not really home »,
certainement plus beaux mais moins authentiques, et où la vie est
peut-être plus frénétique mais moins agréable… mais si là-bas le résultat se
mesure effectivement à la hauteur des vrais efforts et non en fonction des
relations, des copinages et des fils et filles de... alors cela peut-être vaudra-t-il la peine quelque part d'essayer ? ©
C.A.R.
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